Création artistique

Spectacle

E.N.T.R.E

Théâtre d'image(s)

Auteur : d'après les textes de Ghéracim Lucas / Jacques Ancet / Patrick Kermann

Mise en scène : Gaëlle Boucherit

Dans E.N.T.R.E l'image ne dit rien et la parole ne donne rien à voir car la signification pleine des mots et la figuration du visible y est délaissée pour tracer à leur limite un sens flottant, oblique, transversal. Tournant le dos à toute trame narrative classique ou à la reproduction visuelle d' une réalité dictée, E.N.T.R.E appelle le spectateur à se placer au point de jonction de toutes les différenciations dans la formation du sens et du sensible, dont celles convoquées toujours en secret entre Je et le Monde, Soi et l'Autre, le devant et le dedans, l'apparent et le caché, le visible et le dicible. Gaelle Boucherit travaille par rétro-projection à l'aide d'encres, pinceaux et substances variées explorant le processus de transformation de la matière en image, donnant lieu en direct à l'élaboration de peintures mouvantes flirtant avec l' orgie picturale. Produisant celles-ci par rétroprojection sur sa table lumineuse à l'aide d'encres, pinceaux ou matériaux simples, elle donne vie à l'inanimé, dédoublant son travail à sa bordure d'un côté en une marionnettique des éléments donnant d'un autre côté à ses projections la valeur de véritables peintures dotées d'une mobilité intérieure. Les peintures de la marionnettiste/plasticienne forment un monde pour le personnage, elles constituent bien son seul lieu d'habitation , mais elles ne sont pas de simples décors mouvants : la technique du "mapping" fut -elle artisanale, est dépassée pour produire des peintures en direct capables d'un perpétuel dédoublement, montrant toujours leur envers, définissant tout autant l'extériorité d'un monde possible (de l'immensité de l'univers à l'infini petit moléculaire) que l'image visuelle d'une intériorité projetée - celle du personnage sur scène et / ou de la marionnettiste. E.N.T.R.E définit tout autant l' extériorité d'un monde possible que la projection visuelle d'une intériorité charnelle, celle de la plasticienne ou du comédien. C'est à partir de ces tableaux vivants que celui-ci prend en charge une parole de nature poétique, celle - double, de Jacques Ancet (Un morceau de lumière) et Ghérasim Luckas (Prendre corps) pour la mettre en jeu au sein de ce dialogue avec l'image projetée et leur créatrice. De même que l'image ne définit pas une scène visuelle figurative, la parole poétique n'est pas appréhendée comme la scène langagière d'une imagerie mentale, mais plutôt pour le personnage comme une tentative subjective de ressaisissement de son être au monde, de son Dasein dirait Heidegger, renvoyé ici à sa picturalité native. E.N.T.R.E flirte ainsi à ses abords autant avec la psychologie des profondeurs qu' avec une mise en abîme de la création s' auto- représentant : la présence à vue de la marionnettiste/plasticienne n'en finit pas de rendre ce personnage en quête d'un monde à habiter semblable à une marionnette vivante dont on aurait coupée les fils, corps funambule cherchant à s'incarner dans une image monde, cloisonné à l'intérieur d'un castelet devenu visuel et auquel il ne peut se réduire alors même que son ombre projetée par le dispositif l'y renvoie toujours.


Tournées

28/09/2018 - Occitanie - Abbaye de Sorèze

15/11/2018 - Occitanie - L'Escale

8/01/2019 - Pays-de-la-Loire - Théâtre le Dôme


Diffusion

15/09/2018 - Occitanie - Musée Saint Raymond