Création artistique

Spectacle

Quand j'étais petit, j'étais soldat...

Théâtre Mu

Auteur : Ivan Pommet

Mise en scène : Adaptation et mise en scène Ivan Pommet Assistant à la mise en scène Malone Kiza N'Sélé

Une tente au milieu du plateau, un atelier de fortune pour un artisan infortuné.
Sur sa table, des marionnettes en cours de fabrication, des mains, des jambes, des petits pots de peintures, des outils... Tout autour de lui, suspendues ou posées au sol, des marionnettes...

Cet homme, c'est H. Aujourd'hui, il est marionnettiste, il construit les plus beaux personnages du pays. Mais avant...

Son passé, il voudrait l'oublier, mais il le hante, l'habite, occupe sans cesse son esprit.
Il y a longtemps, pas si longtemps, dans un pays pas si lointain, H. était enfant-soldat. Il avait 13 ans. Certainement pas par choix, contraint par la force, l'intimidation, drogué contre son gré, de prendre les armes. Pendant longtemps, il a refusé d'en parler, préférant le mutisme et l'oubli à la peur d'être considéré par ses frères comme un criminel.


A présent il est adulte, tout cela est fini. Depuis longtemps, il recompose la famille, les amis que la guerre lui a pris. Il fabrique en marionnettes tous ceux qu'il a perdus. Peut-être un jour aura-t-il le courage de leur faire raconter son histoire....
Car il sait au fond de lui que pour que son âme retrouve enfin la paix, pour que son histoire soit utile et ne se reproduise pas, il doit parler, être le témoin, sortir du silence dans lequel il s'est trop longtemps muré.
Alors, il dit tout. Pour cela, il utilise ce qu'il sait le mieux faire... son art, la marionnette. Les personnages sont ses marionnettes, abouties ou en cours de construction, la scène...son établi, les accessoires...ses outils.

Par ce biais, il peut tout raconter, l'enfermement, les combats, la violence, la haine, l'exil, la misère, mais aussi les moments de joie, dérisoires mais intenses, les rencontres, l'espoir, les amis, une famille retrouvée, le regard des enfants dans les camps de réfugiés, premiers spectateurs de ses spectacles de marionnettes.

Dans ce monde miniature, il n'y a pas de marionnettes adultes. H. interprète lui-même leurs rôles, comme si dans son souvenir, les enfants n'étaient que les jouets des plus grands, de simples pantins asservis, dépossédés de toute parole, de tout avis et dont le seul droit demeure celui de l'obéissance la plus stricte.

Mise en scène:

« S'il est impossible de comprendre, il est impératif de savoir » Primo Levi.

Il s'agit ici d'aborder un des thèmes les plus difficiles à évoquer, celui de la barbarie humaine et de son irrationalité la plus extrême lorsqu'elle se mêle au monde de l'enfance, comment figurer cet enfant innocent et victime devenu à son tour bourreau.

Selon l'Unicef, il y aurait encore à l'heure actuelle 250 000 enfants soldats dans le monde principalement en Asie et en Afrique (Angola, Burundi, Liberia Sierra Leone, Tchad, Somalie, Soudan, Ouganda...). Plus dociles que les adultes, souvent drogués ou sous l'influence d'alcool, ils sont utilisés comme combattants, espions ou porteurs. Beaucoup sont enrôlés de force, ils sont enlevés dans les écoles, les stades, les églises ou en pleine rue. L'âge importe peu, certains n'ont que 7 ans. D'autres s'engagent volontairement, faute de moyens de subsistance, par besoin de protection, ou bien encore pour des raisons ethniques ou d'idéologie familiale. Même lorsqu'ils arrivent à s'échapper, ces jeunes sont souvent stigmatisés et réduits à cette étiquette d'enfant-soldat avec tout ce que cela induit de peur, de méfiance et de réprobation. Ils sont majoritairement rejetés et leur réhabilitation est souvent difficile.

Comment alors dénoncer l'horreur sans l'exposer comme un monstre de foire, comment ne pas sombrer dans l'impudeur sans pour autant édulcorer l'Histoire, comment sensibiliser l'opinion sans repousser le public ?
Nous tenons à ce que ce spectacle s'adresse aux enfants. Nous tenons à ce qu'eux, les premiers soient informés de l'horreur dans laquelle l'humanité peut basculer car plus que tout autre, ce sujet les concerne.
La marionnette est certainement le meilleur outil pour aborder ce thème. Elle touche par sa fragilité et la poésie qu'elle véhicule; elle permet d'introduire à la fois décalage et prise de distance. Parce que née de bric et de broc, elle semble dérisoire, elle ne risque rien et peut ainsi tout dire, tout dénoncer. Nous retrouvons donc ici la fonction originelle de la marionnette, celle d'un médium permettant de s'adresser à Dieu ou bien de critiquer ouvertement les puissants tout en préservant son anonymat et sa vie.



Diffusion

4-24/07/2013 - Occitanie