Création artistique

Spectacle

La Vie devant soi

Rodéo Théâtre

Auteur : Romain Gary

Mise en scène : Simon Delattre

Grandir trop tôt, les enfants-adultes…


 


Madame Rosa va mal, elle vieillit, s’approche de la mort, et Momo va l’accompagner, chercher à apaiser ses peurs, même si « c’est pas nécéssaire d’avoir des raisons pour avoir peur ». C’est également ses peurs et ses interrogations à lui que nous suivons. Un gamin débrouillard, philosophe,  au langage poétique et maladroit, qui ouvre, qui touche au coeur. 


       « Je devais avoir trois ans quand j’ai vu madame Rosa pour la première fois. Avant, on a pas de mémoire et on vit dans l’ignorance. J’ai cessé d’ignorer à trois ou quatre ans et parfois ça me manque. »


Durant tout le récit, l’âge de Momo est incertain, en déséquilibre. Tout comme son esprit qui balance entre enfance et réalités du monde adulte. Je souhaite, car je ne crois pas au principe des enfants joués par des adultes, que Momo prenne la parole en tant qu’adulte qui vient ré-éclairer ses jeunes années. Une entrée dans le récit par convention. Momo 25 ans, 30 ans, peut être 40, vient nous raconter ses 10 ans, 12 ans, peut être 15… 


 


        Des personnages à fort potentiel théâtral


 


La Vie Devant Soi c’est deux personnages au centre et une galerie de personnages hauts en couleur au fort potentiel théâtral autour. Madame Lola, qui « se défend » au bois de Boulogne mais qui auparavant était boxeur au Sénégal. Monsieur Hamil, le grand-père spirituel et philosophe du café du coin de la rue. Nadine, la potentielle nouvelle mère de Momo, si jamais Madame Rosa venait à le « lacher ».


     « Malheureusement, Madame Rosa subissait des modifications, à cause des lois de la nature qui s’attaquaient à elle de tous les cotés, les jambes, les yeux, les organes connus tels que le coeur, le foie, les artères et tout ce qu’on peut trouver chez les personnes très usagées. Et comme elle n’avait pas d’ascenseur, il lui arrivait de tomber en panne entre les étages et on était tous obligés de descendre et de la pousser… » 


 


Rendre à nouveau visible la solidarité


 


Il y a dans le roman de Romain Gary un grand vent de solidarité, une petite utopie perdue ou devenue plus invisible avec la « gentrification » des quartiers populaires de Paris. Je souhaite inscrire l’action dans notre époque car je vois de nombreuses thématiques ouvertes par le roman en 1975 qui résonnent encore extrêmement fort avec la société actuelle. 


      « Moi la vie je veux pas lui faire une beauté, je l’emmerde. On a rien l’un pour l’autre. Quand j’aurai la majorité légale, je vais peut être faire le terroriste, avec détournement d’avions et prise d’otages comme à la télé, pour exiger quelque chose, je ne sais pas encore quoi, mais ce sera pas de la tarte. Le vrai truc, quoi. Pour l’instant, je ne saurais vous dire ce qu’il faut exiger, parce que je n’ai pas reçu de formation professionnelle. » 


C’est aussi le conformisme du modèle familial qu’interroge ici Romain Gary. Choisir sa famille, en dessiner les contours, aller vers l’autre…


Mettre en scène un monde


 


Traduire, transposer, Trahir ? L’adaptation du roman pose un nombre significatif de question. Mais la base est solide, et l’évidence du « Je » de Momo donne un éclairage sur la direction que va prendre l’adaptation. Je souhaite avec l’aide de Yann Richard adapter le roman pour trois interprètes au plateau. L’adaptation sera un mouvement entre monologues de Momo et retranscriptions des dialogues présents dans le roman. Momo sera incarné par un comédien jeune et solaire. (distribution en cours). Il sera à la fois le narrateur de la pièce et acteur de celle-ci. Tous les autres personnages seront des marionnettes de différentes échelles. À commencer par Madame Rosa qui sera une marionnette gigantesque habité par une comédienne ( Maia Le Fourn mise en scène par Johanny Bert, Olivier Letellier, Émillie Le Roux notamment ). 


J’aimerais laisser ouverte pour le moment l’hypothèse de faire jouer/figurer une dizaine d’enfants au plateau et notamment sur un prologue sans parole que j’appelle « La procession des abandons » Il s’agirait de construire en jeu une image fixe, comme un grand portrait de famille. Madame Rosa au centre et des enfants la rejoignant ou déposés par leurs mères/prostituées au centre du plateau. Puis Momo entre en scène et nous déroule son histoire. 


 


Des espaces pluriels


 


L’espace devra à la fois figurer l’appartement de Madame Rosa, Les rues de Paris, La cage d’escalier et ses fameux 6 étages. J’aimerais que le plateau soit habité d’escaliers mobiles qui permettraient de découper l’espace et de le reconfigurer. Par ailleurs j’aimerais un mouvement de resserrement de l’espace sur la globalité de la pièce. Afin que se matérialise le « Trou Juif » de Madame Rosa dans lequel Momo va l’accompagner jusqu’à la fin. La Vie Devant Soi est un roman de contraste entre un grande poésie et une forme de violence sociale. C’est précisément ce balancement mis en place par Romain Gary que je souhaiterais souligner, en particulier par le biais de l’esthétique des lumières et de l’espace. 


 


La Marionnette comme outil pour raconter


 


Le personnage de Madame Rosa sera une grande marionnette habitable pour accentuer cet effet nourri par les descriptions de Romain Gary à son sujet. À la lecture et au fur et mesure que le roman se déplie, Madame Rosa semble devenir de plus en plus énorme. Monstrueuse. Inhumaine. Presque irréelle. C’est cet axe de lecture qui me fait pencher pour la marionnette. Madame Rosa est le fantasme de la mère pour Momo. De plus l’empêchement que la marionnette va générer sera une béquille de jeu extrêmement féconde pour trouver des situations d’actions à la fois drôle, poétiques et pathétiques. 


En ce qui concerne les autres marionnettes, les échelles, tailles et techniques de manipulation seront déterminées lors du premier laboratoire de recherche mené au CDN de Sartrouville en juin 2017. 


« Le plus grand ami que j’avais à l’époque était un parapluie nommé Arthur que j’avais habillé des pieds à la tête. Je lui avait fait une tête avec un chiffon vert que j’ai roulé en boule autour du manche et un visage sympa, avec un sourire et des yeux ronds, avec le rouge à lèvre de Madame Rosa. C’était pas tellement pour avoir quelqu’un à aimer mais peur faire le clown car j’avais pas d’argent de poche et j’allais parfois dans les quartiers français là ou il y en a. »


 


Tournées

24-26/01/2019 - - Théâtre Massalia

1/02/2019 - Provence-Alpes-Côte d'Azur - La Garance - Scène nationale

6-8/03/2019 - Grand-Est - TJP - Centre Dramatique National Strasbourg - Grand Est

21/03/2019 - Bretagne - Centre culturel Athéna - Festival Méliscènes

30/04/2019 - Pays-de-la-Loire - Le Théâtre de Laval


Diffusion

15-18/01/2019 - - Théâtre de Sartrouville

6-7/12/2018 - Normandie - Le Trident, Scène nationale de Cherbourg-Octeville