Manip n°53

Janvier-Mars 2018

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Manip 53

Illustration de couverture : Horta Van Hoye

4-7 : Actualités

« Actus »
par Manip

8 : La Culture en question

« Les contrats aidés : quelles trajectoires professionnelles et organisationnelles ? »
par Daniel Urrutiaguer

9-11 : Conversation

« Une nouvelle aventure : le Sablier. Avec Brigitte Bertrand et Anne Decourt
par Manip

12-13 : Mémoire vive

« Georges Lafaye, le théâtre d’animation comme lieu d’expérimentation. »
par Raphaèle Fleury
Voir les notes de l’article ci-après.

14 : Du côté des auteurs

« La langue passée au shaker »
par Gwendoline Soublin

15-18 : Dossier

« Femmes créatrices, un autre traitement du réel ? »
par Yngvild Aspeli, Claire Latarget, Yaël Rasooly et Dinaïg Stall

19-20 : Au Cœur de la recherche

« Désigner les marionnettes au début du XIXe siècle »
par Émeline Rotolo

20 : Je me souviens…

« La nécessité poétique comme guide »
par Delphine Bardot

21 : Traversée d’expérience

« Nous (n’)irons (pas) à Avignon »
par Cyrille Louge

22 : Derrière l’établi

« Tête de muppet en mousse »
par Neville Tranter

23-24 : Espèce d’espace

« L’art et la manière des montagnes »
avec Alain Benzoni

25 : Marionnettes et médiations

« Faut-il nommer la marionnette ? »
avec Pierre Jamet et Babette Masson

26-27 : Atlas Figura 

« Biélorussie – Un théâtre contemporain expérimental »
par Kristina Dementeva

28-29 : Lu ailleurs

« Grande-Bretagne – G pour Golem »
par Kenneth Gross

 

 


Pour aller plus loin

Notes de l’article Georges Lafaye, le théâtre d’animation comme lieu d’expérimentation

[1] Propos de Georges Lafaye rapportés dans l’article « Comment Yves Joly et Georges Lafaye ont renouvelé un genre », revue Arts, 16 mars 1955, coupure de presse conservée dans le fonds Georges Lafaye, BnF, département des Arts du spectacle.

[2] Voir par exemple : Georges Lafaye, « D’un théâtre d’animation au Centre National du Spectacle », juin 1961 ; lettre à Paul-Louis Mignon du 14 mai 1970 ; « Projet d’un centre de formation au spectacle ‘instrumental’ », note rédigée sur la demande de Gérard Montassier, alors directeur du Fonds d’Intervention Culturelle / secrétariat d’Etat aux affaires culturelles, 3, rue de Valois, avril 1974. Également, « Le théâtre de l’objet » in Spectacle de recherche formelle (p. 9-10) : « Bien entendu, nous entendons l’objet dans une acception extrêmement large, non pas comme accessoire, mais comme signe analogique (concret ou abstrait) support (ou medium) de la révélation. / Et nous appelons ‘Théâtre de l’objet’ un théâtre qui s’exprime par la médiation de signes interposés. / L’objet, c’est l’instrument auquel l’animateur (littéralement : qui lui donne âme) assigne la fonction de traduire le message dont il est « chargé » (comme on le dit d’une pile). / Dans ce théâtre ‘instrumental’, la personnalité du comédien n’est plus une menace à l’intégrité du personnage, puisque l’instrument et l’instrumentiste sont désormais extérieurs l’un à l’autre. / Le théâtre de l’objet garantit la dépersonnalisation, chère à Craig, qui est le préalable de toute investiture dramatique. / Enfin et surtout, dans le Théâtre de l’objet, l’homme peut échapper à sa ‘hideuse ressemblance’ (pour reprendre le mot de Dubuffet), élargir le champ de la communication par les voies illimitées du symbole et, dépouillé des surcharges de l’interprète, redécouvrir, à la mesure du Mythe, la vertu essentielle des signes). » Fonds Georges Lafaye, BnF ASP.

[3] Rendue évidente par la comparaison des formes, cette influence du cinéma d’avant-garde sur son œuvre est reconnue par Lafaye lui-même. Cf. propos rapportés dans « Comment Yves Joly et Georges Lafaye ont renouvelé un genre » : « Certes, j’ai été influencé par le cinéma d’avant-garde. On est toujours influencé qu’on le veuille ou non. Il y a des relations de voisinage. D’ailleurs je suis possédé par le mouvement. Mon travail est de faire bouger des choses. On fait un tableau animé ou une écriture animée. J’ai étudié la mise en scène et cela m’a fait comprendre qu’il était possible de toucher un public sans la présence de comédiens. » (op. cit).

[4] Voir par exemple : Hans Richter (1888-1976), Rhythm 21, 1921. Consultable en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=un3IJyinCrg> . Et Rhythm 23, 1923. Consultable en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=q9o11SbivVk>.

[5] Voir par exemple : Viking Eggeling (1880-1925), Symphonie diagonale, 1924. Consultable en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=KpCI67GMe7o>

[6] Voir par exemple : Walter Ruttman (1887-1951), Opus 1-2-3-4, réalisés entre 1921 et 1925. Consultables en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=WTXTTEPNaxg>

[7] Voir par exemple : Oskar Fischinger (1900-1967), An optical Poem (1938). Consultable en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=they7m6YePo>

[8] Marcel Duchamp, Anemic Cinema, 1926, 7 min., 35 millimètres, noir et blanc. Consultable en ligne : <https://www.youtube.com/watch?v=dXINTf8kXCc>

[9] Les notes de 1939 sur Craig comme les maquettes de costumes, décors et marionnettes pour L’Ours et la Lune nous sont parvenues, cf. fonds Georges Lafaye, BnF, ASP. Voir aussi à ce sujet Raphaèle Fleury, “Le projet du marionnettiste Georges Lafaye pour L’Ours et la Lune (1939), ou de l’influence de Paul Claudel sur l’invention de la marionnette moderne”, in Bulletin de la Société Paul Claudel, n° 191, 2008/3, p. 20-30.

[10] « Le Roi Renaud », « Joli Tambour », « Le Retour du marin », « La Vie de Mercerot » etc. Voir les objets de ces spectacles conservés aux ASP (BnF) sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&startRecord=0&maximumRecords=15&page=1&query=%28gallica%20all%20%22Georges%20Lafaye%20Vieilles%20chansons%20fran%C3%A7aises%22%29&filter=dc.type%20all%20%22objet%22

[11] Voir par exemple sur Gallica :

[12] Voir sur Gallica : John (<http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b54100090f>) et Marsha (<http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b541000697), spectacle créé à Rome en juin 1952.

[13] Voir sur Gallica : les cocottes de Fait-divers, spectacle créé en 1953 < http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b54100287x>.

[14] Georges Lafaye a été directeur artistique et technique de L’Art et la Mode de 1941 à 1943 ; directeur artistique et technique de Art et Style (1945) ; fondateur de Septième Art, revue sur le cinéma (1945) ; contributeur, en tant que graphiste, à la revue Architecture d’Aujourd’hui. Le fonds Lafaye conservé à la BnF, ASP, contient plusieurs boîtes relatives à cette activité de graphiste et de direction de périodiques.

[15] Voir par exemple : G. Dormand : « C’est […] prouesse accomplie avec un nouveau numéro aussi novateur que naguère à l’écran le « Balllet Mécanique » de Fernand Léger. La lumière noire a permis à Lafaye de réaliser, dans son « Tempo » si exactement accompagné par la ‘partition’ de Bessière [ndlr : le compositeur Louis Bessières ? – non concordant avec les informations recueillies dans le fonds d’archives], le plus convaincant des tableaux d’art abstrait que je connaisse : de simples baguettes de bois, des cylindres ou une spirale aux rotations rapides, qui se meuvent sous une lumière bleue de rêve, sur le fond noir sombre du castelet et forment une suite de compositions harmonieuses… (C’est un pur chef d’œuvre à filmer). » (Libération, 9 février 1953). Ou J. Jouquet : « Voici un cabaret comme on en souhaiterait beaucoup à Paris. / Spectacle d’une grande variété, où nous mettrons en tête les marionnettes de Georges Lafaye. Peut-on, d’ailleurs, parler de marionnettes ? C’est tout autre chose, notamment sa présentation de Tempo, inspiré, peut-être, des films musicaux, où ce sont des traits dansants qui soulignent l’orchestration. Ici, il y a aussi des lignes brisées, mais des cylindres, des cubes lumineux, se mêlent à la danse ; c’est en même temps insolite et hallucinant. […]. Lafaye fait preuve d’un esprit de création en perpétuelle effervescence. » (Le Parisien Libéré, 2 février 1953). Fonds Georges Lafaye, BnF ASP.

[16] Le disque de la Guilde internationale du disque est lui aussi conservé à la BnF dans le fonds Georges Lafaye, département des Arts du spectacle.

[17] Cf. propos de Lafaye rapportés dans « Comment Yves Joly et Georges Lafaye ont renouvelé un genre » : « En général je dois la création d’un numéro à un rythme musical. J’entends un disque et je cherche le moyen de le mettre en scène. Je pars quelquefois d’un texte poétique, très rarement d’un argument de pantomime car je ne suis pas scénariste. J’imagine un thème qui demeure libre et essaye de lui donner une traduction plastique. Car il faut toujours se renouveler. Les marionnettes classiques plaisent par leur charme suranné. C’est comme des objets de musée, mais l’intérêt s’arrête là. Je n’ambitionne pas le titre de marionnettiste. / « Mais comme le message d’un créateur au public par l’intermédiaire des marionnettes demeure attachant. La marionnette est un outil dont l’impersonnalité sert l’auteur. Mais il est souhaitable que l’outil ne soit pas toujours lié à une représentation figurative. Il n’a pas besoin d’avoir figure humaine. Actuellement les possibilités d’expression s’étendent en éventail. Le moindre objet peut exprimer beaucoup de choses. » (op. cit.)

[18] Dans les coupures de presses conservées dans le fonds Lafaye les critiques comparent son art au « ballet » et au « dessin animé ».

[19] Souvenirs rapportés par les manipulateurs de Georges Lafaye : « les gens croyaient que c’était une projection, une projection sur un écran, une projection laser. Et à la fin, la performance c’était de voir les quatre personnes retirer leurs cagoules… Et les gens étaient émerveillés » [enregistrement conservé dans le fonds Georges Lafaye, BnF ASP]. Ces propos corroborent le témoignage de Jacques Derlon, co-fondateur et directeur du Théâtre de la Tempête où il a programmé l’Antigone de son ami Lafaye en 1987, qui a été spectateur de Tempo à la création en 1953 (interrogé par nos soins en 2008).

[20] Interview des manipulateurs de Georges Lafaye, enregistrement conservé dans le fonds Lafaye, BnF ASP.

[21] Les objets de ce spectacle sont aujourd’hui conservés dans le fonds Lafaye au département des Arts du spectacle de la BnF. Ils ont fait l’objet d’une campagne photographique dont le résultat est consultable sur Gallica : <http://gallica.bnf.fr/services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&startRecord=15&maximumRecords=15&page=2&query=%28gallica%20all%20%22Georges%20Lafaye%20Tempo%22%29&filter=dc.type%20all%20%22objet%22>

[22] Cf. interview des manipulateurs, op. cit.

[23] Cf. références fournies notes 2. Il faudra attendre plus de cinquante ans pour que de semblables utopies commencent à être réalisées. Les principes directeurs du pôle Recherche et documentation créé en 2012 et la chaire ICiMa créée en 2016 à l’Institut International de la Marionnette doivent beaucoup aux écrits de Lafaye. Et ce n’est qu’en 2017 à Charleville-Mézières que les pouvoirs publics ont inauguré le premier bâtiment expressément construit pour la formation et la recherche/création sur les arts de la marionnette.